Du 8 au 10 décembre 2026, Abou Dhabi accueillera la troisième Conférence des Nations unies sur l’eau, coorganisée par le Sénégal et les Émirats arabes unis. Pour l’Effet Papillon, coalition de 160 ONG, organisations de la société civile et organisations communautaires, dont le secrétariat est facilité par le SIE-SEE, l’enjeu est clair : l’eau a besoin d’une place permanente au sein de l’ONU.
Un rendez-vous décisif pour le multilatéralisme
Trois ans après la Conférence de New York en 2023, et quarante-neuf ans après celle de Mar del Plata en 1977, la Conférence d’Abou Dhabi se tient entre deux échéances : la prochaine Conférence, prévue au Tadjikistan en 2028, et l’horizon 2030 des Objectifs de développement durable. Elle sera un test pour la capacité du multilatéralisme à tenir ses promesses, alors que les crises du climat, de la biodiversité, de l’alimentation, de la sécurité, et de l’eau se rejoignent en une même polycrise.
Les chiffres montrent le retard. 2,1 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité, et 3,4 milliards à un assainissement géré en toute sécurité. Pour atteindre l’accès universel, il faudrait multiplier le rythme de progression par huit pour l’eau potable, par six pour l’assainissement et par deux pour l’hygiène de base.
Notre plaidoyer : trois piliers pour renforcer la gouvernance mondiale de l’eau
Au terme d’une large consultation de ses membres, l’Effet Papillon a publié son policy paper « Water needs a permanent home at the UN ». Il renouvelle leur appel à reconnaître la crise mondiale de l’eau à l’ONU, comme cela a été fait pour la crise climatique. Il s’organise autour de trois piliers.
- Des réunions régulières de l’ONU sur l’eau, et une meilleure cohérence du système.
Entre 1977 et 2023, 46 ans se sont écoulés sans conférence onusienne sur l’eau. Ils demandent un calendrier permanent et prévisible de rencontres intergouvernementales, selon un cycle de 2 à 3 ans, intégré à l’agenda de l’Assemblée générale et de l’ECOSOC. Ils appellent aussi à des résultats négociés, un mandat renforcé pour l’Envoyée spéciale de l’ONU pour l’eau, et la mise en œuvre concrète de la Stratégie à l’échelle du système des Nations unies sur l’eau et l’assainissement.
Un mécanisme officiel de participation de la société civile.
Les décisions prises dans les sommets internationaux se traduisent trop rarement en progrès sur le terrain, parce que les communautés locales, les femmes, les jeunes et les peuples autochtones en sont souvent exclus. Ils proposent un mécanisme onusien dédié aux parties prenantes de l’eau, avec des droits de parole, un accès aux sessions de rédaction et une participation aux dialogues interactifs. Ils proposent également un fonds d’affectation spéciale pour financer la participation des délégués de la société civile, en particulier ceux du Sud global et des organisations de terrain.
Un horizon post-2030 pour l’ambition de l’ODD 6.
Ils appellent les États à prolonger les cibles de l’ODD 6 au-delà de 2030, par une résolution de l’Assemblée générale, selon une feuille de route échelonnée de 2026 à 2028. Les cadres de suivi devront s’appuyer sur les droits humains à l’eau et à l’assainissement, avec des données désagrégées par genre, âge, handicap et territoire. Ils devront aussi reposer sur un financement durable et prévisible, protégé par une clause de non-régression.
Le policy paper formule également des positions sur les dialogues interactifs de la Conférence, de l’eau pour les populations (ID A) à l’eau pour la coopération (ID D), en passant par les investissements pour l’eau (ID F). Il défend en particulier une finance décentralisée, plus accessible aux collectivités locales, aux organisations communautaires et aux peuples autochtones.
Une voix collective : la Déclaration des parties prenantes
Notre mobilisation ne s’arrête pas à notre propre plaidoyer. L’Effet Papillon participe activement au processus de la Déclaration des parties prenantes pour la Conférence de 2026. Ce processus prolonge la rencontre politique de haut niveau d’une journée tenue à Dakar en janvier 2026, qui visait à rassembler les parties prenantes autour d’une position commune. Il est coordonné par le German WASH Network et l’ANEW (African Civil Society Network on Water and Sanitation), avec le soutien du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement.
La Déclaration réunit onze groupes : enfants et jeunes, voix des communautés de base, société civile, peuples autochtones, femmes, collectivités locales et régionales, agriculteurs, monde académique, personnes en situation de handicap, travailleurs et syndicats, secteur privé.
Elle compte six chapitres, dont chacun se conclut par un appel aux États membres et au système des Nations unies.
Après les étapes de conception et de première rédaction, le processus est aujourd’hui en phase de consultation élargie. Il se poursuivra par la finalisation d’un texte consensuel, puis par un processus de signature ouvert aux organisations et aux réseaux.
Un appel à candidatures a permis de désigner les organisations chargées de rédiger chaque chapitre. L’Effet Papillon y joue deux rôles :
- chef de file de la rédaction du chapitre 2, consacré aux attentes des parties prenantes envers un processus intergouvernemental permanent sur l’eau ;
- membre du groupe de rédaction du chapitre 3, consacré à un mécanisme structuré pour les parties prenantes dans la gouvernance mondiale de l’eau.
Ces deux chapitres rejoignent directement leurs deux premiers piliers : un processus permanent sur l’eau et une participation institutionnalisée de la société civile.
Rendez-vous à Abou Dhabi
La Déclaration sera présentée officiellement lors d’un événement de lancement le jeudi 10 décembre 2026, de 13 h 45 à 15 h (heure du Golfe), au centre ADNEC d’Abou Dhabi. L’événement sera retransmis sur UN Web TV.
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Comment s’associer à la mobilisation
- Lire le policy paper de l’Effet Papillon
- Consulter, commenter et soutenir la Déclaration
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- Nous écrire : butterflyeffectcoalition@gmail.com