Quinze ans après la première édition historique, la société civile sénégalaise, sous l’impulsion de la Plateforme des Organisations de la Société Civile pour l’Eau et l’Assainissement du Sénégal (POSCEAS) et du Secrétariat International de l’Eau (SIE), publie le Livre Bleu II. Ce rapport de 150 pages ne se contente pas de dresser un constat : il propose une feuille de route stratégique pour transformer l’accès à l’eau en un droit effectif pour tous les Sénégalais.
Un outil de veille et d’alerte indispensable
Le premier Livre Bleu pour le Sénégal datait de 2009.Depuis, le pays a connu des mutations majeures: urbanisation croissante, nouveaux cadres législatifs et pression climatique accrue. Pour Abdoul Aziz Faye, coordonnateur de la POSCEAS, le moment était venu de confronter les promesses à la réalité du terrain:
Le Livre Bleu est un véritable outil d’alerte et de plaidoyer pour mesurer le niveau d’engagement de l’Etat. […] Il était nécessaire de prendre du recul sur les recommandations formulées en 2009 pour voir ce qui été réellement mis en œuvre entre 2009 et 2025″
Entre succès nationaux et disparités territoriales
Bien que le Sénégal soit un exemple en Afrique de l’Ouest, avec des taux d’accès globalement supérieurs à la moyenne régionale, le Livre Bleu II met en lumière des inégalités territoriales persistantes. Alors que les centres urbains bénéficient d’infrastructures modernes, de nombreuses communautés rurales luttent encore pour un accès sécurisé et permanent.
Le rapport souligne que l’eau et l’assainissement demeurent des services sociaux de base sous tension, exacerbés par un contexte de crise où la demande dépasse souvent l’offre infrastructurelle.
Les 4 piliers du changement
Le Livre Bleu II articule ses recommandations autour de quatre axes majeurs issus d’ateliers participatifs menés à travers toutes les régions du pays:
- Réformer la gouvernance: Le secteur souffre d’une multiplicité d’acteurs qui dilue les responsabilités. Le rapport appelle à une coordination renforcée pour éviter les doublons et optimiser l’efficacité des interventions.
- Sécuriser le financement: les dysfonctionnements financiers sont identifiés comme le principal frein à l’exercice du droit à l’eau. La société civile plaide pour une transparence accrue et une allocation plus directe des ressources vers les zones démunies.
- Valoriser les collectivités territoriales: Bien que la compétence « eau » ne leur soit pas officiellement transférée, les mairies et conseils départementaux sont les premiers interlocuteurs des populations. Le Livre Bleu II demande une reconnaissance de leur rôle central, notamment dans la gestion de proximité en milieu rural.
- Institutionnaliser la redevabilité: Comme le rappelle Abdoul Aziz Faye, « tant que les engagements sont écrits et documentés, il est possible d’évaluer ce qui a été respecté ou non ». Le Livre Bleu devient ainsi le thermomètre de la volonté volonté politique.
En route vers la Conférence des Nations Unies 2026
La publication de ce rapport ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans la dynamique de préparation de la Conférence des Nations Unies sur l’eau de décembre 2026. Le Sénégal entend peser dans le débat mondial en apportant une vision de la société civile structurée et factuelle.
Antonella Cagnolati, Présidente du Comité International de Pilotage du Livre Bleu (SIE), insiste sur le caractère vivant de cette initiative:
Le Livre Bleu n’est pas qu’une photo, c’est un film en mouvement. C’est un processus porté par les Sénégalais eux-mêmes pour canaliser les voix de toutes les régions vers les sphères de décision nationales et internationales. «
L’urgence d’agir
Le constat final est lucide : au rythme actuel, l’atteinte de l’Objectif de Développement Durable (ODD) 6 d’ici 2030 est loin d’être garantie. Le Livre Bleu II a été officiellement remis à M. Amadou Salmone FALL, Directeur de Cabinet du Ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, marquant ainsi l’engagement de l’Etat à transformer ces recommandations en stratégies concrètes.
Le Sénégal a désormais son carnet de route. Il appartient maintenant à tous les acteurs (Etat, partenaires financiers, société civile) de transformer de Livre en réalité quotidienne pour chaque citoyen.
